Prestashop

Prestashop est-il en danger ?

prestashop-danger

C’est un billet que j’ai envie de publier depuis de nombreuses semaines sans avoir pris le temps d’organiser réellement ma pensée. C’est désormais chose faîte et du coup, j’ai envie de vous poser la question suivante: à votre avis, Prestashop est-il en danger ?

Bien entendu, ce titre est un peu provocateur, cependant, je pense réellement que le business model de Prestashop et les autres CMS Open-Source spécialisés en e-commerce pourrait bien souffrir dans les semaines/mois/années à venir. Et ce, alors même que Prestashop a encore eu une croissance à 2 chiffres en 2018… #LeMecEstFou

Quitte à disparaître ? Mettre la clé sous la porte ? Je n’en suis pas là, bien entendu, mais je pense réellement qu’il y a actuellement une mutation profonde dans le monde de la création de sites e-commerce qui pourrait affecter, a termes, Prestashop et consort.

Au profit de qui me direz-vous ? Les solutions par abonnement tel que le géant canadien Shopify

Shopify, l’ogre canadien qui se voit déjà en Amazon de la création de sites e-commerce

Shopify, tout le monde en France à ce mot à la bouche actuellement (pour ceux qui s’intéressent au e-commerce bien entendu… Je vois mal ma grand-mère me parler de Shopify entre deux tasses de thé).

Et pour cause, Shopify a réussi le coup de force de faire passer Prestashop et consort pour des solutions has-been: trop chères, trop compliquées, pas assez réactives… etc.

Son ascension est si fulgurante que certains prédisent un futur à la Amazon pour Shopify (pour rappel, Amazon représente 50% des parts de marché du e-commerce dans de nombreux pays tels que les USA ou encore le UK).

La folie du dropshipping qui fait oublier Prestashop sur ses propres terres

La France est le pays historique de Prestashop (30% des sites e-commerce français utilisent Prestashop). Pourtant, la mode du dropshipping qui sévit actuellement en France a permis à Shopify de complètement faire oublier la solution française à ses utilisateurs historiques.

En effet, trop occupé à s’intégrer au marché US et à toutes ses complexités, Prestashop n’a pas su s’adapter à la folie dropshipping qui s’est emparé de la France ces derniers mois. Désormais, en France, lorsqu’on parle de dropshipping, parle forcément de Shopify (et de temps en temps de Dropizi). Exit Prestashop !

Pourquoi c’est grave ?

Avant la mode du dropshipping, tous les français qui souhaitaient se lancer dans le commerce en ligne pensaient tout de suite à Prestashop. Ils voyaient dans cette solution un moyen de créer un site pour pas trop cher. En effet, il suffisait d’acheter un template, quelques modules et d’intégrer un catalogue de produits pour avoir un site plus ou moins efficace. Désormais, tous ces entrepreneurs pensent dropshipping et donc Shopify.

Pire, les spécialistes du e-commerce changent également peu à peu de camps… Par exemple, lorsque je conseille une personne qui souhaite se lancer dans le e-commerce, je lui conseille désormais d’ouvrir une boutique sur Shopify pour tester son marché à moindre frais avant d’investir dans la création d’une boutique 100% personnalisée.

En effet, les entrepreneurs qui viennent me voir avec peu de moyens pour créer un site e-commerce, je leur conseille de procéder par étapes:

  1. Créer une boutique sur Shopify ou son concurrent français Wizishop (dans une moindre mesure bien entendu). Cela leur permet de maîtriser les coûts de création et de gestion de leur site. Ainsi, cela leur permet de consacrer le plus gros de votre budget à leur stratégie d’acquisition de trafic, nerf de la guerre depuis de nombreuses années maintenant.
  2. Et c’est seulement une fois qu’ils font un chiffre d’affaires intéressant et qu’ils ont les fonds suffisants que je leur conseille d’investir dans la création d’un site avec Prestashop ou Magento. Ils ont ainsi le budget nécessaire pour assumer la gestion opérationnelle et quotidienne d’un tel site.

Car il faut bien rappeler que le prix d’un site e-commerce et de sa gestion peuvent être très élevés lorsqu’on passe par Prestashop ou Magento.

Conséquences

Le volumes de recherches de Prestashop sont en baisse constante depuis plusieurs années quand ceux de Shopify sont en pleine explosion, comme vous pouvez le voir grâce à Google Trends:

Voici les stats pour le marché français sur les 5 dernières années. On voit que les courbes viennent de se croiser et que les dynamiques sont diamétralement opposées.

Au niveau monde, le constat est le même, sauf que les courbes se sont croisées en 2015 déjà:

Le constat est donc le suivant: les créateurs de sites e-commerce se déplacent vers les solutions par abonnement car elles semblent moins chères, plus simple à utiliser et tout aussi efficace qu’un site développé en open-source.

Un business model basé sur du volume

Pour qu’une entreprise vacille, il faut bien entendu que son business model et donc ses revenus soient plus faibles que ses dépenses. Jusque- là, je ne pense pas inventer la poudre. Mais quel est le business model principal de ces solutions Open source telle que Prestashop ? La vente de modules et de formations !

Rappel sur le business model de Prestashop

Le business model de Prestashop est le suivant: il met à diposition gratuitement son CMS et propose aux propriétaires de sites e-commerce d’améliorer les performances de leurs boutiques en ligne en ajoutant des fonctionnalités grâce à des modules (addon, extension, widget… appelez cela comme vous le souhaitez). Prestashop propose également des thèmes permettant de personnaliser le design d’une boutique.

Pour avoir un catalogue de modules/thèmes importants et offrir le plus de fonctionnalités possibles, Prestashop a proposé aux développeurs spécialisés de vendre leurs modules/thèmes sur une place de marché. Prestashop prend alors une commission de 30% sur chaque module vendu.

Le prix moyen d’un module étant compris entre 30 et 300€, le business model de Prestashop nécessite des volumes de ventes importants, d’où l’importance pour Prestashop de s’internationaliser au plus vite.

Précisons également que Prestashop donne des formations pour bien maîtriser sa solution mais également un accompagnement technique pour les boutiques en création ou existantes.

danger-prestashop

Pourquoi ce business model peut vaciller

Sauf que comme je vous l’indiquais plus haut, le gros du volume des acheteurs de modules Prestashop sont de petits e-commerçants. Les gros e-commerçants étant moins nombreux et passant généralement par des agences pour faire développer leur site (ou par la solution Magento, réputée plus adaptée pour les gros catalogues de produits).

Or, comme je vous l’indiquais plus haut, la masse des entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans le e-commerce (et le dropshipping) sont en train de changer de camps au profit de Shopify.

Résultat, c’est autant de clients en moins pour Prestashop et ses modules. Et comme ces entrepreneurs du web représentent une part importante des clients de ces solutions, cela pourrait, à termes, affecter durablement le business model de Prestashop et mettre en danger la santé financière de cette entreprise.

Prestashop Ready, la réponse SAAS de Prestashop

Pour contrer cette intensive évolution, Prestashop a récemment lancé Prestashop Ready, une seconde mouture de son CMS e-commerce en mode SAAS. Disponible au prix de 19,99€, Prestashop Ready se veut plus offensif que Prestashop Cloud, son prédécesseur que l’entreprise française n’avait jamais réussi à imposer.

Du coup, est-ce que Prestashop Ready est la solution qui permettra à Prestashop de revenir sur le segment de plus en plus compétitif des solutions de création de sites e-commerce en mode SAAS ? Pas sûr, je vous explique pourquoi !

Une interface toujours aussi austère

J’ai profité de la période d’essai de cette solution pour voir ce que donne cette nouvelle interface SAAS et pour le coup, elle ressemble pas mal au back-office originel du CMS open-source. Logique me direz-vous. Sauf qu’elle reste toujours autant austère par rapport à ce qu’on peut trouver chez les acteurs SAAS les plus développés tels que Shopify.

Les termes sont toujours aussi techniques, l’interface n’a pas été retravaillée pour la rendre plus accessible aux non-initiés… etc. Autant vous dire qu’il y a un bon nombres d’internaute qui doivent se retrouver perdus face à cette interface.

N’oublions pas que les premiers instants d’une rencontre, même avec un logiciel, donne le ton d’une relation future… Et pour le coup, je pense que le premier contact avec Prestashop Ready n’est pas le plus rassurant pour un débutant en e-commerce.

Une communication absente

Face à Shopify, dont la notoriété ne cesse de grimper, Prestashop Ready a déjà un retard certain. Et cela ne risque pas de s’améliorer quand on voit la communication qui est prévue autour de cette nouvelle solution.

Le meilleur exemple que je puisse vous donner provient de l’absence d’un programme d’affiliation pour inciter les influenceurs à parler en bien de cette solution.

En effet, toutes les solutions SAAS les plus avancées actuellement ont un programme d’affiliation qui est très intéressant pour les blogueurs et autres influenceurs qui pourraient évoquer cette solution. Et pour cause, Shopify reverse 50% du montant de chaque abonnement à un blogueur/site qui lui aurait permis d’acquérir un client. Et ce, à vie !

Autant vous dire que le nombre d’articles valorisant les qualités de Shopify se sont envolés, surtout depuis que le dropshipping est à la mode en France.

En l’absence d’un programme d’affiliation, la communication autour de Prestashop Ready reste proche de 0 en France. Résultat, alors que Prestashop Ready est sorti à l’été 2018, sa notoriété reste proche de 0 quand celle de Shopify continue de progresser sur le marché hexagonal, comme vous pouvez le voir ci-dessous

Autant vous dire que ce n’est pas demain que Prestashop Ready arrivera à s’imposer dans le grand public… D’où mon inquiétude autour de Prestashop (mais également de Magento et toutes ces solutions Open-source).

Prestashop est-il en danger ?
Moyenne de 2.8 pour 6 votes

A propos de l'auteur

Sébastien BLERIOT

Evoluant en e-commerce depuis plus de ç ans maintenant, j'ai profité de mes différentes expériences chez Rueducommerce et Next Interactive (BFM TV, RMC, 01net) et ELEGIA Formation pour développer mon expertise de la vente en ligne en B to C et B to B.
J'accompagne régulièrement des e-commerçants dans l'optimisation de leur stratégie e-commerce.

6 commentaires

  • Bonjour,

    Je vais être un peu sévère mais j’ai du mal avec ce genre d’article que je trouve assez immature.
    Vous partez de 2 postulats qui me semblent faux :
    1- le dropshipping est l’avenir du e-commerce. C’est un virage qu’il ne faut pas rater
    2- Le e-commerce se développe par les non-initiés

    Que le dropshipping soit tendance, c’est indéniable. Tout simplement parce que ça donne l’impression que le e-commerce est facile. Mais vous croyez vraiment que l’avenir du e-commerce ce ne sont que des sites qui proposeront tous les mêmes chinoiseries, sans critère de différenciation, en se battant sur les prix ?… A votre avis : combien de survivants dans quelques années ?… Ne survivront que les experts en e-commerce.

    Ah justement, les non-initiés, parlons-en. Oui il sont beaucoup à se lancer aujourd’hui en e-commerce. Pour information, j’ai créé (en 2011) un club de e-commerçant en Isère (www.club-icom.org pour ceux que ça intéresse. C’est gratuit, très convivial et basé sur l’échange d’expérience). Il est composé de e-commerçants aguerris comme de porteurs de projets que nous accueillons bien volontiers. Mais malheureusement on voit trop de personnes qui se lancent dans le e-commerce avec naïveté. Il faut arrêter de faire croire qu’aujourd’hui on peut se lancer avec 3 euros 6 sous et sans compétence particulière. Ça c’était à la fin des années 90, ou début 2000… Le e-commerce est aujourd’hui un métier à part entière avec des compétences très spécifiques. Donc si le dropshipping semble facile pour les non-initiés, il risque d’y avoir beaucoup de déçus…

    Donc non , Prestashop n’a pas loupé un virage. Le dropshipping sera un des aspects du e-commerce parmi d’autres.

    Pour autant, l’avenir de Prestashop n’est pas forcément assuré. Notamment parce que l’écosystème Prestashop reste fragile et pas toujours bien abouti. Mais c’est une autre histoire…

    • Hello,

      Si vous prenez le temps de bien lire mon article, vous verrez que je ne dis pas que le dropshipping est l’avenir du e-commerce, loin sans faux.
      J’explique justement que tous ces porteurs de projets qui sont mal informés et qui permettaient jusqu’alors à Prestashop de vendre des dizaines/centaines/milliers de modules se sont déplacés vers Shopify. Et que du coup, le business model de Prestashop, basé sur les ventes de modules (qui nécessite un volume de ventes important), peut être affecté durablement.

      La deuxième partie de mon propos est le fait que Prestashop a du mal à s’adapter à la migration de ces non-initiés vers les solutions SAAS.
      Prestashop Cloud a été un échec et Prestashop Ready n’est pas parti sur les meilleurs rails.
      Du coup, cette manne financière des abonnements qui permettrait de compenser la perte de ventes de modules, Prestashop ne l’a pas (encore).

      D’où mon alerte.
      Sachant que comme je l’indique en préambule, Prestashop a encore fait une croissance à deux chiffres en 2018.
      Donc Prestashop a encore de belles années devant lui bien qu’il va lui falloir rapidement s’adapter à ce changement des comportements s’il veut rester un fleuron de la tech française.

      Le blogueur immature vous salut 😉

  • Je pars de mon exemple, je suis e-cormmerçant sous prestashop, mais également sous d’autres plateformes. Des amis ont voulu se lancer dans le e-cormmerce avec le fameux drop shipping et ils ont effectivement utiliser Shopify , mais je pense sincèrement que les gens refoulent de plus en plus ces sites web, ou l’on trouve des trucs chinois avec un prix X10, cela n’intéresse plus les clients.
    De mon cote, j’ai site super simple Presta 1.6 à peine 250 ref dans le magasin avec les déclinaisons. Et pourtant, je vends, car ce n’est pas la plateforme qui fait vendre, c’est le produit que l’on vend et comment on le vend (enfin, c’est mon avis). Il faut être également proche de ses clients les connaître comme un ami en fait.
    En résumé la plateforme on sent fou un peu non en fait, c’est le produit qui compte.

  • Hello,

    En fait les 2 sont quand même assez différents au niveau de la « cible » et cela ne m’étonne pas que Shopify « prenne » envol… surtout avec toutes les promesses qui tournent autour du dropshipping.

    Prestashop Ready reste un prétexte pour générer du CA à l’abonnement, mais la solution Prestashop n’est pas faite pour ça. Inversément Shopify est très bien pour du standard, mais beaucoup moins quand on cherche à faire du spécifique.

    Mais ce qui retient mon attention surtout, c’est que faire du e-commerce aujourd’hui sans moyen financier c’est difficile. Avoir une boutique en ligne c’est super, mais encore faut-il vendre. Combien de shop en lignes font 0 ventes par mois… beaucoup et c’est pas un gag 😉 !

    A bientôt !

    • Je suis d’accord avec Toi Webbax, les solutions telles que Shopify donnent l’impression aux novices qu’il est désormais possible de vendre en ligne sans avoir à investir plusieurs centaines/milliers d’euros. Et de nombreux débutants tentent d’aventure sans réellement prendre conscience des enjeux liés à la vente en ligne.

      Je suis d’accord sur le fait que Shopify est parfait pour des boutiques qui vendent des produits standardisés et que dès qu’il y a du spécifique, tout est plus difficile.
      Mais quand on voit les volumes de recherches qui s’envolent depuis ces dernières années, que c’est le type de solutions qui attirent.

      Pour la France, la mode du dropshipping contribue à l’envolée de Shopify. Mais même si cela reste une mode qui pourrait s’essouffler, Prestashop a loupé ce virage. Et cela démontre bien un manque de réactivité de la part de cette solution. Attention donc à ne pas devenir le « Kodak » des solutions de création de boutiques en ligne: l’adaptation aux besoins du marché est la règle pour toutes les entreprises.

      Après, ne nous leurrons pas, Prestashop a encore de belles années devant lui.

  • Article intéressant … Je suis assez d’accord avec tout ce qui est dit.
    On peut ajouter en plus que beaucoup d’agences et de développeurs Prestashop boudent toujours la version 1.7 du fait de son double framework …
    Après le besoin n’est tout de même pas identique entre une boutique sur mesure et un service de type Shopify même si il est vrai que cette solution prend de l’ampleur.
    Juste une petite correction : Magento propose également un version Enterprise payante qui, bien que chère, a beaucoup d’avantage sur le open-source.

Laisser un commentaire